Saluzzo, entre plaine et montagnes

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Saluzzo

Saluzzo, Saluces en français, regarde, du flanc de la colline où elle s'accroche depuis plus de 800 ans, la plaine immense qui se déroule à ses pieds. Comme une gardienne bienveillante, du haut de sa citadelle, elle surveille l'embouchure de la vallée Pô. Cette petite citée piémontaise deviendra entre le XII et le XVIème siècle le siège d'un puissant marquisat qui en fera un centre culturel raffiné et prospère.


Parmi ses ruelles étroites, ses escaliers escarpés, ses églises gothiques et son architecture médiévale, Saluzzo, au fil des siècles, a su conserver les traces de son passé et son identité. Il est vrai que depuis sa naissance,« il re » , c'est ainsi que les montagnards de la vallée nomment le Monviso, coiffe la ville d'une couronne à 3841m d'altitude. La montagne donne à la cité une élégante robustesse ; la plaine lui apporte richesse et affluence...

Avec actuellement quelques 17000 habitants, c'est une petite ville qui ne connaît pas le chienlit des métropoles. Ici, il fait bon déambuler sous les arcades des rues commerçantes ou explorer la vieille ville en parcourant ses « salite » et ses venelles...

Saluzzo s'échelonne sur cinq niveaux :

- la ville moderne et industrieuse s'étend dans la plaine du Pô ;
- la ville basse, ancienne, avec son centre piétonnier, ses arcades, ses commerces et son marché hebdomadaire autour de la cathédrale Santa Maria Virgine Asunta de la fin du XVème siècle ;
- la vieille ville, en partant de la Piazza Risorgimento, déploie ses ruelles médiévales sur tout le versant de la colline ;
- le haut de la ville dominé par le château massif ;
- les faubourgs hauts vers l'église et le couvent San Bernardino où d'immenses villas du 19ème témoignent d'un passé opulent.


Je vous propose une visite d'une journée dans la cité médiévale aux accents gothiques et baroques. Nous démarrerons de la Piazza Risorgimento par une visite de la Cathédrale Santa Maria Virgine Asunta. Construite entre 1491 et 1501 sa façade austère de briques rouges et plâtre apparents est parée de trois portails d'entrée. La porte centrale est flanquée de deux colonnes surmontées de statues de terre cuite des apôtres Pierre et Paul ; le tympan principal représente l' Assomption et sur les tympans latéraux, nous apercevons les deux saints patrons de Saluzzo, San Costanzo et San Chiaffredo . A l'intérieur, où la nef centrale fut redécorée vers 1850 dans un style néo-gothique en vogue à l'époque, on peut découvrir un magnifique triptyque de Hans Clemer (1480-1512) dont nous reparlerons plus tard.

Après la visite, en sortant de la cathédrale, dirigez vous à gauche vers la Porte Santa Maria. Dès que vous franchissez cette porte d'entrée de l'ancienne ville, vous plongez dans le Moyen Age. Prenez, face à vous, la Via Alessandro Volta. La rue rectiligne bordée d'arcades et de bâtiments ancestraux a conservé toute son authenticité. Au bout de la rue, choisissez votre chemin, quel qu'il soit, vous devrez monter. J'aime prendre la salita à droite du petit restaurant et la Salita Malacarne qui passe sous les anciennes maisons. Salita signifie, en italien, « montée » ; et quoi qu'il arrive, en montant vous arriverez au château qui coiffe la ville.

Le château Castiglia fut pendant quatre siècles la résidence du marquis de Saluzzo. Construit entre 1270 et 1286, il a été agrandi et transformé au fil des siècles en demeure seigneuriale par Thomas III (fin 1300) et Ludwig II (fin 1400). Abandonné et en ruines durant les 17ème et 18ème siècles, il fut reconstruit et transformé en maison d'arrêt; rôle qu'il gardera de 1825 à 1992. Depuis 2006, il est l'objet d'une campagne de restaurations longues et soignées. Aujourd'hui, il abrite des espaces muséaux destinés aux expositions temporaires d'art contemporain, un café-restaurant et des espaces de promotion culturelle et touristique. Mais aussi l'installation permanente des musées « de la mémoire des prisons » , de « la civilisation chevaleresque » et la collection d'art contemporain de l'Institut Garuzzo des Arts Visuels.

Face à l'entrée principale du château, Piazza Castello, se trouve la fontaine Drancia. De cet endroit vous accédez à une large et imposante rue bordée de maisons médiévales la « Salita al Castello ». C'est là, à gauche, en descendant que se trouve l'ancien palais communal (Antica Palazzo Comunale). Si la porte est ouverte (cela dépend des jours et des saisons!), n'hésitez pas à entrer pour y demander l'accès au beffroi (Torre Civica), l'entrée ne vous coûtera que deux euros et du haut de la tour la vue est simplement magnifique : les toits de tuiles rouges de Saluzzo, le château, la plaine du Pô et le Monte Viso... Avec ses 130 marches et ses 48 mètres de haut, la tour civique, construite en 1462 était le symbole d'une force indépendante du pouvoir des marquis et de l'influence religieuse. Vous y accédez par une venelle, à gauche en sortant du palais communal.

Poursuivez votre visite par la venelle que nous venons d'emprunter, la Via San Giovanni. Elle nous mène à l'église du même nom. Certainement le plus étrange édifice religieux que j'ai visité ! Sa façade austère décorée d'une fresque tardive n'invite pas à la curiosité. La magie opère lorsque vous franchissez la grande porte et que vous vous retrouvez en haut d'un grand escalier descendant vers la nef centrale. Là, se côtoient dans un désordre éblouissant, des peintures et des stucs baroques, des fresque médiévales, des croisées d'ogives et des décors gothiques flamboyants. San Giovanni ressemble d'avantage à un chantier de fouille qu'à une église. Mais, pour les amateurs d'art et d'histoire, il s'agit d'une pure merveille. Érigée en 1281, elle subit de nombreuses transformations et abrite toujours les tombeaux des Marquis de Saluces... (Pour plus de détail voir le carnet « San Giovanni »).

En sortant de l'église, dirigez-vous à droite, une centaine de mètres plus loin se trouve la Casa Cavassa, du nom de son riche propriétaire. Aujourd'hui, c'est un petit musée, très authentique où l'on peut admirer de belles fresques , des boiseries peintes, du mobilier et surtout, la « Madonna della Misericordia » de Hans Clemer dit « le maître d'Elva ». Celui-ci réalisa ce retable en 1500. C'est un travail sur panneau alliant diverses techniques : peinture, travail à la feuille d'or et reliefs. C'est aussi une composition très originale qui prouve que la brièveté de la vie du maître (1480-1512) ne lui permit certainement pas d'acquérir une renommée internationale mais le chef d’œuvre présenté démontre qu'il s'agit d'un artiste d'exception.

Après cette visite, vous pouvez redescendre vers le centre ville en admirant quelques beaux bâtiments. Vous aurez aussi remarqué le revêtement en galets de rivière de toutes les rues et ruelles de la vieille ville. C'est, là aussi, une des caractéristiques de Saluzzo.

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Pratique.

Se parquer à Saluzzo n'est pas trop problématique en dehors des jours de marché, les samedis et mercredis. Il y a, en venant de Turin, un parking gratuit via Savigliano, juste derrière un curieux bâtiment blanc à l'architecture poste-moderniste très douteuse, que vous ne pouvez rater, c'est le palais de justice ! Du parking, vous vous dirigez vers le centre ville, vers la gauche par la Via Martiri della Liberazione j'usque la Piazza Guiseppe Garibaldi ; vous vous trouvez derrière l'église d'où débutera notre visite. Il y a là aussi un parking en « zone bleu » c'est-à-dire payant et à durée réduite, c'est le cas pour beaucoup de rue de la ville.

Les heures d'ouvertures des musées (Casa Cavassa, Castello Castiglia, Torre Civica),depuis ma dernière visite, ont été modifiées , il faut donc se renseigner à l' Office de Tourisme Piazza Risorgimento,1  (à côté de la cathédrale). Ouvert en été : de 10h à 12h30 et de 15h à 18h30, en hiver : de 10h à midi et de 15h à 18h. Fermé le lundi.

DANS LES ENVIRONS

Le château de Lagnasco à 6 km; le château de la Manta à 5 km; l'abbaye cistercienne de Staffarda à 11 km; la collégiale de Revello à 9 km; le château de Busca à 15 km...

Voir aussi mes carnets "Le quatre châteaux: Manta, Lagnasco, Busca et Castellar"; "Cuneo, la méconnue"; "San Giovanni di Saluzzo".

Vous trouverez le reportage complet, le circuit pédestre dans la ville, ainsi que les bons plans, les bonnes tables et les bonnes adresses dans mon guide : « Découvrir le sud du Piémont » .

Plan de la ville édité par  Ufficio informazione e Accoglienza turistica.